30/01/2012

Le choix du 30 janvier : faire grève ou pas ?

Après la manifestation nationale du 2 décembre et la grève nationale du 22 décembre dans les services publics, les syndicats prévoient ce 30 janvier une grève générale de 24 heures. Voici quatre bonnes raisons d'y participer.

Faire grève ou pas ? Certains hésitent encore. Il est pourtant crucial que les travailleurs, les 99 %, ne se laissent pas diviser et se battent pour leurs droits. 

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1. Le pouvoir d’achat diminue. Agissons maintenant !

Tout d’abord : y a-t-il en fait des raisons sérieuses de faire grève ? Jugez vous-même. Aujourd’hui, le gouvernement augmente les taxes sur la TV digitale, sur le tabac et sur l’alcool. Le gouvernement limite les déductions fiscales pour votre prêt logement, pour votre épargne pension, pour la crèche de vos enfants et pour l’isolation de votre habitation.

Le gouvernement modifie le calcul des pensions de sorte que les futures pensions seront réduites. Il s’en prend aussi aux indemnités sociales des jeunes qui ont fini leurs études et des chômeurs. Bref, ce gouvernement lance une attaque contre le pouvoir d’achat, et cette ponction peut représenter annuellement plus de la moitié d’un mois de salaire. Et on détériore les conditions de travail en obligeant tout le monde à travailler deux ans de plus.

En même temps, le gouvernement rassure les grandes entreprises : vous ne devez pas payer d’impôts, nous n’avons pas besoin de vos 16 milliards d’euros d’impôts sur les sociétés par an. Nous n’avons que faire des 8 milliards d’euros de la taxe des millionnaires, lance-t-il aux 88 000 millionnaires du pays. Limiter les déductions fiscales pour les entreprises, comme l’intérêt notionnel ? Rien de tout cela, et ce sont plus de 3 milliards d’euros par an en moins pour les caisses de l’État. Ce qui s’applique aux familles ne s’applique pas aux entreprises. (1)

Aller chercher la quasi-totalité des 11,3 milliards d’économies chez les familles et laisser de côté des dizaines de milliards de rentrées qu’il est possible de piocher du côté des entreprises et des riches, voilà ce que veulent nos dirigeants.

Et ce n’est pas fini. La première fournée d’économies n’est pas encore refroidie que le gouvernement Di Rupo se met en quête de nouvelles restrictions pour un total de 1 à 2 milliards. Le 25 février, il prévoit un conclave budgétaire à l’agenda duquel figure l’application d’un saut d’index. Cela reviendrait à une diminution salariale nette de 2 %. Et ce, dans une période où bus, trams et métros prévoient une hausse de prix de 2,7 à 4,5 %, et que la SNCB augmente ses tarifs de 2,83 %. Et pile quand les prix du gaz, de l’électricité, de l’essence, du gasoil et du mazout de chauffage risquent d’augmenter. Pile quand les banques veulent se mettre à facturer leurs taxes bancaires à leurs clients.

Défendre le maintien du pouvoir d’achat des familles est une cause juste. S’opposer à ce qu’il faille travailler plus longtemps est plus que justifié. Ceux qui veulent éviter les restrictions à venir doivent agir aujourd’hui. Ce ne sont pas les familles, mais les spéculateurs, les gros banquiers et les millionnaires qui doivent payer la crise qu’ils ont provoquée.

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2. Le seul moyen contre la sourde oreille du gouvernement

« Mais devons-nous pour cela recourir à l’arme de la grève ? Ne peut-on y arriver par d’autres moyens ? » se demandent certains. L’écrasante majorité de la population est opposée aux plans de Di Rupo. Pourtant, le Parlement les approuve ! Sans concertation préalable avec les syndicats. L’avis des 3,3 millions de personnes syndiquées n’est pas souhaité. La formation du gouvernement a duré plus de 500 jours. Mais, pour des mesures aussi radicales que les plans de Di Rupo, trois jours suffisent à les élaborer et une seule nuit à les faire avaler par le Parlement. Après la grève du 22 décembre, une certaine concertation a certes été mise en place avec les syndicats. « Mais revenir sur les réformes, pas question », déclare Van Quickenborne. (2)

Le président du CD&V, Wouter Beke, annonce aux syndicats : « Vous pouvez faire grève. Mais cela ne changera rien aux mesures. L’accord gouvernemental sera appliqué. » Il est clair que ce gouvernement ne pliera pas face à une requête, à la concertation ou aux actions alternatives. Pour réagir à ce déficit démocratique, il n’y a qu’un moyen : la grève ! Ainsi, la grève des services publics du 22 décembre était nécessaire pour décider le gouvernement à lancer la concertation sociale. Pour forcer Di Rupo à adopter une autre politique, il faut autre chose. Pour cela, il faut toucher à la production. C’est là que le 1% qui profite réalise son bénéfice. Et cela n’est possible que par une grève.

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3. Non au modèle de pauvreté allemand en Belgique

Di Rupo le nie lui-même, mais la source d’inspiration de ses plans se situe bel et bien au sein de la Commission européenne. Celle-ci entend généraliser le modèle de pauvreté de l’Allemagne. Là, plus de 1,4 million de travailleurs vivent dans la pauvreté. Avec l’énorme flexibilisation du marché de l’emploi, certains ont deux, voire trois boulots… à cinq euros de l’heure. Et leur salaire ne suffit toujours pas pour boucler les fins de mois. La ministre de l’Emploi de Di Rupo, Monica De Coninck (sp.a), plaide pour une flexibilisation des contrats en Belgique, « afin d’aider les chômeurs de longue durée à trouver de l’emploi » (3). Et qu’on vienne encore prétendre qu’on ne veut pas suivre le modèle allemand !

La Commission européenne veut aller encore plus loin et étendre encore son pouvoir. La veille de la grève, le 29 janvier, les dirigeants européens se réuniront. Lors de ce sommet européen, la Commission veut faire approuver sa « règle d’or ». Si ça marche, chaque pays sera frappé, en cas de crise grave, par l’interdiction d’emprunter de l’argent pour ses budgets sociaux et/ou aider son économie à survivre. Ce n’est pas seulement absurde sur le plan économique, c’est aussi antidémocratique. Cette « évolution » vers une Europe autoritaire est des plus néfastes !

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4. Parce que la grève marche

« On ne peut rien faire contre cela. Faire grève n’aide pas non plus. Nous allons quand même devoir payer », disent certains. Pourtant, tous les acquis sociaux ont été arrachés grâce à la lutte. En 1936, une grève nationale a même obtenu, en pleine période de crise, l’introduction des congés annuels. En 2012, nous pouvons bel et bien forcer le gouvernement Di Rupo à adopter une autre politique. La majorité ne veut pas des économies et des réformes. Faire grève, c’est mobiliser la majorité de la population et souder à la base un large front entre jeunes et moins jeunes, entre ouvriers et employés, entre le privé et le public, entre les actifs et les non-actifs. Si les 99 % se chamaillent à propos des désagréments d’une grève, le 1 % des super-riches et leurs suiveurs pourront continuer à profiter et à rendre le climat invivable pour la majorité. Ne pas se laisser diviser commence par le soutien à la grève du 30 janvier.

Et participer soi-même à la grève est la meilleure façon de la soutenir.

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1. Ce gouvernement prétend qu’il a bel et bien limité l’intérêt notionnel. Mais les recettes qui en découlent ne sont que des broutilles et, d’après le commissaire européen Olli Rehn, elles sont même incertaines. • 2. De Standaard, 23 janvier 2012 • 3. La Libre Belgique, 24 janvier 2012.

10:27 Écrit par Georges-Pierre TONNELIER dans Georges-Pierre Tonnelier | Lien permanent | | Tags : fgtb, grève, manifestation, snc, syndicat, van quickenborne, wouter beke |  Imprimer | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | | | Pin it! |